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    Incertain doute.

     

     

    L’autre jour j’ai rencontré un type qui m’a dit : « vous savez que vous me donnez l’impression d’être quelqu’un plein de doutes ? »

    Plein de doutes, moi ? Alors que j’avais toujours été rempli de certitudes ?

    Je ne m’en serais pas douté, figurez-vous.

    Tout-à-coup j’ai eu du genre comme un certain doute, et le doute a commencé à faire son chemin en moi.

    Un chemin incertain, ce qui montrait bien tout le doute qui m’habitait soudain, et j’avoue que cela me procurait un certain plaisir, c’est certain !

    D’ailleurs au bout d’un moment j’ai fini par m’habituer au doute. Le doute est devenu mon aliment, et je dois vous avouer qu’il était plus facile de me reposer sur mes doutes que sur mes certitudes.

    Par contre, soyez-en sûrs, le doute ce n’est pas l’incertain parce que le doute, c’est en soi alors que l’incertain c’est à l’extérieur.

    L’incertain c’est par exemple la fenêtre ouverte aux feuilles d’automne, aux jardins de givre*, aux parfums d’été et fleurs de printemps. L’incertain est un papillon, l’incertain c’est la vie.

    Alors au bout d’un certain temps, eh bien sans aucun doute, c’est la certitude que je redoutais le plus !

    Et puis avec le temps j’ai appris qu’un certain doute, eh bien ! c’était bien mieux qu’un doute incertain, qui lui se rapprocherait plus de la certitude. Le doute avait eu raison de la redoute du certain !

    Jusqu’au jour où j’ai rencontré un type qui m’a dit : « vous savez que vous me donnez l’air d’être quelqu’un plein de certitudes ? » Alors là c’est certain, je me suis mis à douter de mon doute…

     

     

    *Voir Emile Nelligan : Soir d’hiver

     

     

     

     

     


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    Bonsoir Mesdames et Messieurs !

      

    Bienvenus pour cette soirée en famille !

    Laissez-moi vous présenter Papa, affalé sur le canapé, qui engloutit des pistaches en goûtant à son alcool de pomme, à moins que ce ne soit le contraire... alors que maman vérifie si mon cartable est fait pour demain, comme tous les soirs.

    Mais qui voilà tout-à-coup sur le tapis persan offert par mamie Monique ? Pépette ! L'araignée du soir, qui se la joue "horde sauvage" et galope toutes pattes dehors pour se blottir dans l'ombre du buffet avant que papa ne la surprenne.

    Trop tard ! Papa, le poil hérissé façon frayeur de chat, saisit la boîte « j'attrape-l'insecte », toujours à portée de ses paluches velues ! D'un plongeon d'albatros il fuse vers l’arachnide qui n'a que sa vie pour vitesse, et du premier coup couvre les huit longues papattes avec la boîte en plastique !

    Papa exulte, levant les bras vers le ciel et poussant un hurlement de porte qui grince ; hélas, il n'a pas vu que la boîte est restée collée à la paume de sa main, ce dont Pépette profite pour se tirer en lousedé.

    Mais Papa l'a remarquée du coin de l’œil ! Il galope à son tour, bousculant chaises pantoufles et télécommandes pour rattraper la friponne qui le nargue au moins depuis qu'il a débouché le jus d'alcool de pomme mentionné plus haut.

    Soudain Pépette fait volte-face. Laissant sa patte sud-sud-ouest déraper élégamment, elle prend cette fois-ci la tangente du canapé, où les coussins sont encore figés par le popotin de papounet.

    Là c'en est trop, car Papa, au faite de la testostérone que son instinct de territoire déverse à grand flot dans ses yeux craquelés de ridules rouges, n'est pas prêt à laisser Pépette en réchapper ! Saisissant la boîte qui se trouve par chance sous sa main gauche, qui est elle-même près de son pied droit, il l'abat sur Pépette et la piège.

    Papa haletant, maman est descendue, effarée de voir que le domicile conjugal n'est plus que chaos, et pour une fois elle n'a plus de mot.

    Alors Papa ferme la petite boîte de plastique, va dans le jardin, et dépose délicatement Pépette dans l'ombre des fleurs et des feuilles d'automne... Pépette qui n'a qu'une hâte : piquer un tout-droit vers la chaleur du logis dont on vient justement, ou injustement de l'évincer.

    Et pendant que Pépette retrouve la chaleur du radiateur qu’elle avait naguère quittée, Papa passe devant Maman, un peu penaud, et va faire la vaisselle, parce qu’il faut quand même pas déconner, hein !

     

    * D'après une idée de mon fils, fin observateur des mœurs familiales.

     

     

     

     

     


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    Straight, no chaser

     

    Il faut se donner le droit à l’erreur, le droit de se tromper, de ne pas être infaillible, le droit d’être humain, juste humain, et de se reposer de temps en temps, par exemple sur une plage d’Acapulco, en sirotant un « macumbo » on the rocks, ou en grillant un barreau de chaise sur un pédalo en compagnie de sa dulcinée, en attendant nonchalamment que le soleil, qui flâne comme un rêveur en robe de chambre dans l’azur du ciel, ne nous cuise à point pour la collation de quatre heures.

    Oui, il faut s’accorder le droit de se tromper, de se tromper de route, de se tromper dans ses comptes, de se tromper de conjoint, de se tromper d’avenir, de voir de travers, de se souvenir de traviole, de tomber malade et même d’en guérir, de jouer de la trompette, de chanter faux, d’aimer en vain, d’aimer tout court.

    Que serait la vie, sans ce droit inaliénable à se tromper ?

    Un stress permanent : pas le temps de souffler, toujours à courir, le cœur en court-jus, boire le bouillon, cesser de battre, cesser de croire, aveugle parce que déchiré entre quelques ombres ou quelques lumières, sans but ni sens, tourneboulé par l’urgence, dans un brancard aux couleurs du blanc, avec quelques rêves pour regrets, quelques larmes pour la soif, quelques soupirs pour poitrine…

    Ou alors la vie serait une perfection mangée par l’ennui car sachant tout, ayant tout gouté, attendant la fin de l’infini, blasée de beauté et grise de couleur, insensible, vivante mais morte, ayant tout compris, même le ressort de son propre gel, même le ressort de sa propre imperfection, ruinée dans sa richesse, déchue de sa sagesse. Une vie qui préfèrerait cracher sur l’autre son propre poison, juger pour rabaisser, détruire pour se grandir, prisonnière d’une lâcheté dans le miroir, un trouble dans le regard, presque une larme au bord du néant. Tenir malgré tout, l’âme de guingois.

    Oui, il faut se donner le droit à l’erreur, tolérer l’imperfection de soi comme de l’autre pour faire partie de l’instant vital, de la seconde jouissive où la douceur d’aimer embrasse la douceur d’aider. Lâcher prise, être au bord de l’eau, près des vents, près des parfums, jouer, rire et pleurer s’il le faut, plein de tendresse pour son prochain et pour soi, humble. Comme un morceau d’univers conscient de lui-même.

    Hein ?! Quoi ?! Le « macumbo », comment je le veux ? Straight, no chaser.

     

     


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    Laissez-moi vous dire quelques mots sur ma tante Patricia, que nous appellons Patou, parce que Patou est une tante épatante.

    Bien sûr, comme tout le monde, elle a ses petits défauts. Par exemple, si jamais tu plantes ma tante, alors elle te met au piquet.

    Patou n’aime pas non plus qu’on l’appelle « tante » ou « tatie ». Non ! Elle veut qu’on l’appelle « tata », tata Patou, un point c’est tout !

    Quand tout propre on va la voir, tata Patou, c’est tartes, tourtes et tartelettes, gâteaux, petits gâteaux, noisettes charlottes et sucettes, car l’atout de Patou c’est de traiter tous ses petits gars comme des princes, sans rire, et de leur faire tutoyer le paradis des nougats artificiels ! C’est que c’est une bonne pâte Patou !

    D'ailleurs Tata Patou vit avec un gros matou qu’elle appelle « Titi » parce que « Titi » est gros minet, et avec un toutou qu’elle appelle « Toutou », tout simplement, c’est comme chat, euh c’est comme ça.

    Aussi, quand on va la voir, entre une toux et deux rototos elle nous dit tout sur son toutou de Toutou, et comment, ce tantôt, cet idiot de Titi appâté par la pâtée de Toutou a tenté d’en tâter, et comment Toutou a tenté d’attraper Titi pour lui foutre la pâtée, et patati patata, et patati patata... Enfin « et patati patata » c’est pas Patou qui l’a dit, c’est moi.

    Vous voyez Patou n’a pas d’tabou, même si parfois elle bout quand elle est à bout ou quand elle a un coup de bambou. Il faut juste alors la prendre par le bon bout.

    Voilà, c’étaient quelques mots sur tata Patou, même si je suis sûr d’une chose, c’est qu'on ne sait pas tout de Patou.


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